La Trousse corrézienne met la gomme

Ils se sont regroupés autour de la création d'un journal, la Trousse corrézienne. Il y a deux ans, la plupart d'entre eux n'y pensait même pas. Aujourd'hui, ils préparent son troisième numéro. Belle aventure, saluée par les lecteurs désireux d'actualités alternatives locales. J'ai interviewé cinq de ses membres, curieuse de comprendre leurs parcours, ce qui les a réunis, ce qui les a poussés à passer à l'action. Ils m'ont fait part d'avis contradictoires, de bémols voire de frustrations, de motivations, de volontés, et surtout, de joie.

 Interview de Philippe Van Assche, à l'initiative de ce journal, après l'article

 

par Anne STELLA

Stagiaire à Rouletaplume

Le Battement d'ailes est un centre agroécologique et culturel corrézien à la renommée galopante. Elle dépasse les frontières du département, au point de capter l'intérêt de Laurent Cougnoux, rédacteur en chef du Lot en action. Ce mensuel alternatif traite de l'actualité lotoise, et aussi nationale et internationale. Fin 2013, une délégation du Lot en action se rend au Battement d'ailes. Des membres de l'association rédigent eux-mêmes des articles sur son histoire, ses valeurs, ses activités. Le Lot en action assemble les textes et publie le dossier central de 4 pages, qui fait la une de l'édition de janvier 2014.

Laurent et des rédacteurs en herbe corréziens se piquent au jeu de l'écriture journalistique commune. Aussi, Le Lot en action ouvre ses pages à des articles qui traitent d'événements corréziens, rédigés par Pascal Brette, Cyril Perrin, Philippe Van Assche, Jean-Marc Vareille. Les acolytes décident rapidement de créer eux aussi leur journal. Ils procèdent par étapes, et publient dans un premier temps la Corrèze en action, petit supplément au Lot en action. Le compagnonnage avec le partenaire lotois prend la forme d'un parrainage. Cyril, formé par Matou, graphiste du Lot en action, s'essaie à la mise en page et aux visuels.

Diffusée en Corrèze, la Corrèze en action annonce le futur journal, et suscite la participation de candidats à l'aventure. Elle préfigure, pour un compte à rebours de 6 numéros, ce qui attend la troupe, sans lui faire prendre totalement conscience de l'ampleur de la démarche : passer de 8 pages A4 à 32 pages A3. Certes, la périodicité passera du mensuel au bimestriel. Certes, 16 pages nationales et internationales seront communes avec le Lot en action. Ce qui n'ôtera rien du travail, puisque d'une part, les dossiers communs seront aussi écrits par l'équipe corrézienne, d'autre part, il faudra adapter leur mise en page. Plus l'organisation des membres du groupe et du journal en lui-même.


Avis de naissance 

Fort de cette expérience, le groupe confirme la création du journal corrézien, et organise une « grand-messe », le 11 novembre 2014 à Tulle. Le futur « bimestriel d'informations locales » cherche des contributeurs sur tout le territoire corrézien, qui couvriront l'actualité de toute la Corrèze. Quitte à faire plus d'une heure de route, sinueuse pour certains, une vingtaine d'intéressés font le trajet. Une délégation du Lot en action s'est aussi déplacée, pour témoigner de son expérience, et appuyer la présentation du projet et de son fonctionnement à venir. La rencontre atteint son but : la troupe s'étoffe.

Le journal, c'est une équipe qui se retrouve autour de valeurs déterminantes. Elles cadrent les sujets abordés, et leur traitement : la ligne éditoriale. L'équipe de la Trousse corrézienne veut porter une parole de citoyens, tous légitimes pour choisir les sujets qui les motivent et la façon de les traiter. Sa valeur fondamentale : la liberté totale d'expression de chaque membre. La ligne éditoriale est donc, d'après Cyril, une « non-ligne éditoriale », pour que chaque numéro porte la parole de chacun : informer tous les corréziens sur les initiatives locales, dénoncer les manquements et les empêchements des politiques, communiquer des pratiques alternatives.

Tout se précise à partir de la première réunion de travail, en décembre 2014, dans les locaux de Rouletaplume à Tulle : le format du journal, le calendrier... La date de parution du premier numéro est calée pour février puis décalée en mars 2015. Le partenariat avec le Lot en action ajoute aussi des contraintes, puisque dossier central, bouclage et impression sont réalisés en commun. En outre, l'équipe accepte la suggestion de Philippe, de suivre 6 jours de la formation « publier un journal » par Rouletaplume. Elle débute le 31 janvier, soit moins d'un mois avant l'échéance prévue de la parution du numéro 0. Autant dire dans l'urgence.


Sur les rails

Le premier jour de la formation est dédié aux genres d'écriture. Le lendemain, les membres abordent le chemin de fer et soumettent leurs projets d'articles. Le comité de rédaction liste les articles proposés. Puis vient le journal proprement dit. Le nom du journal apparaît au détour de la boutade de Pascal : « nous détenons la vérité ! ». De « the truth » naît la Trousse. Les membres retiennent ce titre comme invitation à saisir le média comme outil d'expression. Il se concentre alors sur l'identité du journal, le graphisme et la rédaction. Krépu, illustrateur, dessine le logo. L'équipe prendra une semaine pour s'accorder sur la une du journal, à laquelle elle consacre aussi la matinée du troisième jour de formation, mi-février, à 15 jours du bouclage. Arnaud Jacquart, l'animateur de Rouletaplume, tente de passer à la lecture approfondie des articles. Incontournable dans un journal, elle permet à l'auteur de préciser son message, évite les contresens. La date fatidique approchant à grands pas, le travail est pris de court.

Six correctrices passent l'orthographe et la syntaxe des textes en revue, et commence le jeu de Tetris pour Cyril : imbriquer dessins, photos, brèves, articles, dans le respect de la charte graphique. Puis l'équipe, « pressée » en cercle autour d'un seul ordinateur, découvre le premier numéro du journal sur écran uniquement. Par la suite, avis et documents s'échangeront de plus en plus via internet. Cyril se rend ensuite dans le local du Lot en action où le bouclage des deux journaux est réalisé en commun. Des membres de l'un et/ou l'autre journal partent alors pour l'Espagne, reviennent avec 1000 Trousses corréziennes imprimées. Cyril récupère les exemplaires et les distribue aux diffuseurs, dont il fait aussi partie. Le groupe découvre enfin son œuvre sur papier.

A l'heure des interviews, tous sont heureux de ce début d'aventure, d'avoir réussi à éditer les deux premiers numéros et de travailler sur le troisième, de publier ce qu'ils ont envie de faire connaître. Une épurée, édito cousu main composé à tour de rôle, articles de fond, brèves, dessins, agenda, chroniques, pages centrales en collaboration avec le Lot en action (rédigé par des lotois et/ou des corréziens), « roman-photo »... Krépu, graphiste de métier, « n'en revient pas du professionnalisme du journal, en si peu de temps ».

Tous sont heureux de ce début d'aventure, d'avoir réussi à éditer les deux premiers numéros et de travailler sur le troisième, de publier ce qu'ils ont envie de faire connaître.


Petit tumulte en sourdine

« Tu ne peux pas décider que ton écrit est bon du premier coup, et si tu t'en fous d'être lu, t'écris pas dans un journal »

« L'écriture est un acte intime » quel que soit le support, d'après Delphine. Pour Cyril : « Décider que c'est mal écrit, c'est un problème ». Tous se sont joints à l'aventure parce qu'ils aiment écrire et/ou qu'ils veulent apprendre. Julie nuançait : « Tu ne peux pas décider que ton écrit est bon du premier coup, et si tu t'en fous d'être lu, t'écris pas dans un journal ». Delphine a ressenti la violence des non-dits déjà, lors de la séance de relecture, en formation. Elle n'a entendu qu'une sentence, pas les explications. Comment pouvait-elle les recevoir, dans le tumulte des uns pressés par l'urgence et des autres évitant la critique des écrits ? Pourtant, presque tous ont largement apprécié l'exercice. Pascal et Krépu en reprendraient volontiers, mais Krépu, par exemple, aurait du mal à prendre le rôle du relecteur. La relecture approfondie n'est pas une critique personnelle, mais elle bouscule l'égo.


Pascal estime que c'est la circulation entre les fonctions, plus que les fonctions elles-mêmes, qui sont importantes. Pour Julie, « il faudrait qu'on soit capables de se dire ce qui va et ce qui ne va pas », mais a « facilement tendance à m'écraser face à quelqu'un qui a de l'autorité et de la prestance ». Le silence qui suit certaines des propositions de Delphine la met mal à l'aise : elle se sent de plus en plus illégitime à donner son avis.


Les termes « ego » et « pouvoir » ont été cités régulièrement au cours des différentes interviews. Cyril lançait le sujet : « C'est un pouvoir que je n'ai pas pris, mais j'aurais pu, de choisir les textes. Maintenant qu'on a monté un comité de rédaction, on se retrouve confrontés à des écrits qui nous questionnent. ». Ce que Pascal appelle le « capitanat » est normal dans tout collectif, même inévitable, d'après lui. Fonder une association nécessite de « s'asseoir sur les certitudes individuelles », « dompter très fort l'égo ».


D'après Pascal, une association fonctionne autour des rôles de chacun, qu'ils s'attribuent, ou qu'on leur attribue. Dans la précipitation du lancement, la question de l'organisation a été sans cesse reportée, et la question de la ligne éditoriale, avortée. Cyril et Philippe n'ont pas pris le pouvoir, ils l'ont d'office, par leur position de fondateurs-meneurs. Philippe est considéré comme le rédacteur en chef, et l'implication de Cyril à toutes les étapes de la fabrication font de lui, qu'il le veuille ou non, celui qui valide en derniers recours les publications. « Nous n'avons peut-être pas assez conscientisé le fait qu'un journal est une œuvre collective », concède Julie. « Nous n'avons pas vu les subtilités des différentes places tant qu'on n'avait pas les mains dans le cambouis ».


Double page du numéro 0
Double page du numéro 0

La courbe éditoriale

Pascal refuse que le journal serve uniquement de « tribune pour exister » ou de prétexte à « règlements de comptes ». La presse traditionnelle ne relaye pas assez les initiatives locales, Pascal a co-fondé le journal dans l'unique but de pallier à ce manque. Sinon, « personnellement, je ferais sauter toutes les pages ». Cette priorité individuelle ne gêne en rien le fonctionnement du journal. Les articles qui taclent sans fondement, eux, dérangent vraiment, au sein même du groupe. Comme la caricature qui se moque de la mort d'une association, ajoutée au dernier moment dans le numéro 0. Julie leur préfère ceux qui se moquent des deux parties à la fois, comme sait le faire Jean-Marc par exemple. La question de la ligne éditoriale reste suspendue aux lèvres. Elle « existe, mais ne se voit pas », précisait Cyril.

Le lecteur ne s'y est pas trompé. La plupart des retours, y compris des proches, consistent en : « j'ai du mal à rentrer dans le journal » ; « on ne sait pas où on va ». Le journal affiche « du local, du libre, du beau, de l'écologie, du drôle, du frais ». Le flou de la ligne éditoriale, conçu pour ne rien interdire, empêche la lisibilité. Un bimestriel peut-il apporter des nouvelles « fraîches » ? Ce à quoi, l'équipe de la Trousse corrézienne rétorque : un quotidien peut-il aborder les sujets en profondeur ? Elle s'est accordée sur la périodicité bimestrielle, justement, « pour ne pas survoler l'actualité, comme le quotidien local La Montagne ».

Certains rédacteurs attirés par les enquêtes, veulent prendre le temps de l'investigation, suivant leurs envies et possibilités. Possibilités contraintes par la vie déjà bien remplie de nos quadras, pour la plupart au « chômage hyperactif », qui ont en commun des implications fortes et multiples. Du coup, Cyril et Julie notamment, déplorent le manque de moyens pour approfondir les enquêtes, en terme de temps et d'organisation. Articles, dossiers, brèves... se suivent, et le fil des pages, en pointillés, n'est pas conducteur. Le journal s'apparenterait plutôt à un magazine d'expression, à dominante satirique.


Voeu du collectif

La feuille de route pour fabriquer le journal
La feuille de route pour fabriquer le journal

Delphine ne garde plus qu'un seul pied dans l'aventure, sa chronique, et n'incite plus ses connaissances à devenir contributeurs, occasionnels ou réguliers. Pascal aussi prend du recul. Il a choisi et assumé son rôle d'élément fédérateur autour du projet de la Trousse, mais il décline celui de médiateur, même si Delphine voit en lui sa bienveillance salvatrice. Il espère que toute l'équipe profitera d'une réunion prévue à la rentrée, pour dire ses fonctionnements, ses dysfonctionnements. Qu'ils s'éloignent ou pas, les membres ne lâchent rien.

 

Le leitmotiv de toute l'équipe : trouver des contributeurs. Des rédacteurs et des diffuseurs aux quatre coins de la Corrèze permettraient de couvrir le territoire entier, soit pour rédiger des articles, soit pour distribuer le journal, le faire connaître, le vendre. Selon quels critères pourront-ils se reconnaître dans le journal, et y adhérer, tant que la ligne éditoriale les laisse dans le vague ?

 

La Trousse corrézienne aurait pu retarder sa première parution, se laisser le temps d'appréhender tous les tenants et aboutissants d'une publication, en tant que groupe, et pour chaque participant. Partir sur « de bonnes bases ». Elle a choisi une autre bonne base : l'expérimentation. « Ca cafouille au niveau du travail de relecture », dixit Julie, au niveau du choix de censurer ou pas, au niveau de la prise de pouvoir, au niveau de la communication entre les membres et extra-collectif. N'empêche, l'équipe a conçu, réalisé et publié le journal, dans les temps qu'elle s'est fixés. Consciente de ses problèmes, et quitte à faire des erreurs : seuls ceux qui n'agissent pas n'en font pas. Apprendre d'elles, s'emparer des forces comme des faiblesses du groupe, s'améliorer.

 

L'aventure ne fait que commencer.

 

Anne STELLA


Interview Philippe VAN ASSCHE

«Nous n'avons pas la parole : il faut la prendre par tous les moyens. »

 

 Philippe est un gars du Nord. La question des médias le turlupine depuis la fac de socio. IL a co-fondé la Wassingue, un hazardomadaire lillois, type fanzine, dont il est l’origine du titre (qui inspira à d’autres l’idée de créer La Brique, journal d'enquête lillois depuis 2007). Et il était membre du bureau de Rouletaplume à ses débuts. En 2010, Philippe a débarqué en Corrèze. C’est la cheville ouvrière de la Trousse Corrézienne, celui qui en est à l’initiative, à l’origine, à la relance. Il veille aux relations avec l’équipe du Lot en action, assure la transmission. C’est aussi celui qui propose au groupe de se former. Même si ça semble l’embarrasser, c’est celui vers qui les visages se tournent d’abord, à la moindre question. Il est aussi l’un de rédacteurs les plus prolixes dans la Trousse. Dans le premier numéro, sa plume signe un édito, une enquête sur la grosse coopérative de pommes, une chronique chatouillant Philippe Val et une jolie moisson de brèves. Et il est aussi le plus impliqué dans l’organisation. Avec Cyril, le metteur en page, il est le dernier qui porte la main sur le numéro avant impression. 


 

Dans une trousse, boîte à outil d'expression, quel instrument choisis-tu ?

Comme je l'ai écrit dans l'édito du numéro 0, « la gomme pour dégommer ». La liberté est l'expression. Le reste est presque toujours un assemblage de contraintes.

 

Quel ustensile refuses-tu d'utiliser ?

Le cutter. Il ne s'agit pas de ruiner la page. Il s'agit de pouvoir donner des coups de gomme là où ça déborde. Parce que l'être humain est ainsi fait qu'il déborde, de bonnes intentions comme de mauvaises. Peu importe. Envahissant. Toujours. D'où l'importance de la démocratie, de la libre expression. Pour retrouver de l'équilibre. Les uns contre les autres, comme dit la chanson. Entre gommes et crayons.

 

Que dis-tu lorsque tu présentes le journal ?

Je n'arrive pas à dire quelque chose qui dirait vraiment ce qui définit ce journal. Pas encore. Ça va venir. Je dis des trucs genre : « citoyen », « bénévole », « associatif », « qui apporte un point de vue sur notre territoire »...

 

Comment décrirais-tu la proposition éditoriale de La Trousse ? Celle rêvée, celle réalisée ?

La proposition éditoriale. J'ai encore peu d'avis sur celle réalisée. Manque de recul. Quant à celle rêvée... Je n'ai pas fait ce rêve. Je pense simplement que nous sommes un certain nombre qui avons des choses à dire, ce qu'on appelle l'expérience. Et pas simplement du vécu. De l'expérience. Celle là même qui dit pour demain en s'appuyant sur hier. Et je trouve que nous n'avons pas la parole. On ne nous la donne pas. Normal. Il faut la prendre. Par tous les moyens. Nous la prenons. Parce que, en plus, il y a cette intuition qui confère à la certitude que notre propos n’intéresse pas que nous.

 

Qu’est-ce que La Trousse apporte dans l’univers médiatique local ? Qu’est-ce qu’elle apporte qui manquait ?

Un point de vue assumé. Un point de vue qui doit permettre de développer le sien, l'autre. Un sujet déclencheur d'une pensée incarnée.

Nous sommes dans les pas du Lot en Action. J'ai fait une première « touche » avec le journal IPNS du Plateau de Mille Vaches et avec Creuse citron (revue anar, ndlr).

 

Selon toi, La Trousse, c’est un journal, un magazine ou une presse d’opinion ?

Les trois mon général. Avec l'ambition un jour d'être aussi un journal d'enquête qui puisse dénoncer. Non pas pour faire une société idéale. Mais bien, là encore, parce que l'homme déborde par essence. C'est une nécessité en Corrèze où le consensus mou règne.

 

Est-ce qu’il y a eu un effet Charlie Hebdo, qui aurait aidé à la création du journal, confirmé l’envie de le faire, malgré les difficultés ?

Comme me l'a dit monsieur Jacquart le soir même de l’assassinat avec ce petit rictus qui le caractérise : « Faire ce journal devient une obligation morale ». Je crois qu'il y a de ça. Pas tellement parce que ces gens ont été assassinés mais parce qu'il ne faut pas laisser la place aux connards qui ne manqueront pas de les tuer une seconde fois, pour de vrai cette fois. C'est en train... Ça réveille. On se dit qu'on a appris quelque chose avec eux. Et même si ça faisait un bout que je ne lisais plus Charlie. Ça réveille l'essentiel. Ce que ça a semé, pousse, on le presse, ça s'exprime... C'est logique tout ça finalement.

 

Quelle est ta place dans ce journal ?

Pigiste qui pige quelque chose. Bah, je ne sais pas bien. La chose qui est sûre, c'est que je fais partie de ceux qui ont initié le projet. Avec tout ce que ça veut dire : rencontrer les grands frères du Lot, commencer à écrire, poser une organisation, apporter des fonds pour imprimer les premières pages, mobiliser de nouvelles personnes, promouvoir...

Dans l'idéal, je voudrais apporter un regard empreint de là où je me suis fait : à la croisée de la sociologie et de l’entraînement mental. Pour faire court.

 

Quels retours les lecteurs t’ont-ils adressés ?

Les retours des lecteurs sont très divers et variés. Ils sont plutôt bons. Je préfère être surpris par un retour plutôt que conforté dans je ne sais quoi. Je n'écris pas pour plaire à un lecteur. J'essaye d'être au plus près de ce que je veux dire, servir un propos qui n'est d'ailleurs pas forcement le mien. Et il y a du boulot.

 

Quels outils te semblent manquer dans la trousse ?

Il doit certainement manquer d'outils mais ce n'est pas le manque principal actuellement. La crainte est plutôt du côté de comment maintenir une dynamique collective de cette ampleur. Et dans ce domaine, les outils n'en sont qu'accessoires. Il n'y a pas de recette comme on dit.

 

La Trousse, ça veut dire que chacun peut prendre la plume. Est-ce que La Trousse réussit à désinhiber les rédacteurs ?

Chacun peut prendre la plume mais tout le monde n'est pas publié systématiquement. Il y a un comité de rédaction qui discute les textes présentés. La Trousse désinhibe les rédacteurs qui souhaitent se désinhiber. Comment ? Par la discussion sur les écrits réalisés. Mais nous ne sommes pas encore assez pointus là dessus.

 

Comment vois-tu le journal évoluer ?

Je n'ose pas trop faire des projections. On commence à évoquer des scenarii d'avenir, mais c'est tout récent. C'est un projet qui a décidé de se jeter à l'eau vague par vague. Terre à terre, il avance pas à pas. Je trouve ça confortable. Nous sommes tellement par ailleurs dans la pédagogie de projet qui nous a largement envahis, héritiers que nous sommes du plan Marshall. Objectifs, planification... Au secours ! Ça me fatigue sans plaisir. J'aurais le fantasme que, dans cette aventure, ce soit la jouissance du présent qui porte le désir un peu plus loin.

 

Interview réalisée par mail 

Questions d'Anne Stella et Arnaud Jacquart

Juin 2015