Paris, ce 13 novembre

Paris. Des détonations, des coups de feu, des corps tombent, du sang coule, des gens courent, fuient et d’autres restés au sol. Des vies arrachées à elles-mêmes, à leurs proches, à leurs amours.  C’est après ce fracas d’horreur que nous adressons, malgré tout, cette news-mag. Ce geste est dérisoire, n’est-ce pas ?

 

« Et bien quoi, c’est tout ? Vous continuez vos affaires comme si de rien n’était ? ». 

Les médias n’ont-ils pas continué à exhiber souffrance, peur et détresse ? Les gouvernants n’ont-ils pas aussitôt renforcé des lois sécuritaires et muscler leur bellicisme ? « Renforcé leur stature d’hommes d’état », comme on l'a pu entendre il y a peu ? Est-ce que des belligérants tirés à quatre épingles, voilà qui devrait dissiper notre effroi.

 

Parole aux pétoires, aux agités du bocal, aux cyniques de tout poil. Aux désarmés, le droit d’être toujours plus désarmés, en liberté restreinte, tandis que le fracas de l’ébriété guerrière et que l’ivresse sécuritaire reprennent de plus belle. C’est d’abord nous-mêmes que l’horreur interroge en écho. Et cet écho questionne notre voix, plus profonde, plus discrète que celle des ventriloques.

 

Face aux armes, nous n’avons que notre peau. Et notre voix. Il n’y a pas de guerre de civilisations. Il y a des civilisations en guerre contre elles-mêmes. Il y a un Occident qui se débat avec lui-même, prenant le Moyen-Orient en témoin, et un Moyen-Orient qui se débat avec lui-même, l’Occident en épouvantail. Prendrons-nous notre place dans les wagons dans lesquels nous poussent les belliqueux : sécuritaires et terroristes, ensemble ?

 

Que faire ? Nous pouvons dire, de nouveau, ce que nous disions déjà après les massacres parisiens de janvier : il est temps de prendre la parole. La parole. Et non l’expression étranglée  par l’émotion ou la peur.

 

L’émotion nous transporte, nous dérange, nous emmène ailleurs. Le retour au réel est pénible quand, les blessures mordant toujours la chair, il affirme encore la cruauté du même.

 

Ce sont aussi des possibles, une réappropriation du politique par la parole, qu’ouvre cette émotion, si nous ne voulons pas laisser aux autres le soin de parler pour nous. En cette période électorale, le moment est propice pour mesurer à quel point le citoyen-spectateur est invité à faire, en nombre, la claque électorale sans mot dire.

 

Que sommes-nous devenus ? Que sommes-nous en train de faire ?

Voici les questions qui ne manquent pas de se poser, de biais ou de face, dès que l’on commence à écrire, exprimer, publier, dialoguer, quand on se retient de « relayer », « partager », « commenter », « liker », « réagir », c’est-à-dire : se taire, se masquer et revêtir le bâillon.

 

L’ensemble de nos propositions de formation accompagne le geste. Elles s’affirment comme rendez-vous avec vous-même. Nous n’écrirons pas, ni informerons, ni publierons, ni communiquerons, ni entrerons en relation, à votre place.

 

Nos formations vous situent face à votre désir de découvrir vos talents, de développer vos capacités, d’agir avec humanité, à distance de tout ce qui la conteste ou la réduit, en résistance et en désir de ce qui nous donne matière à exister. Elle vous arme. Sans peur sans haine.